Demain
Je sème l’inquiétude et je me délecte de la prochaine récolte… mon fantasme s’assouvit entre les cuisses de la peur fraîchement habillée dans les pensées du perfectionniste. Je lance mes dés du questionnement sans fin, afin de tourmenter les esprits les plus calmes. Je hante les rêves de ceux qui croient qu’ils sont de tout repos sur leur dos.
Je sonne la cloche de l’angoisse existentielle et je regarde danser l’inconfort dans toute sa splendeur! Je suis non pas toujours le réparateur mais aussi le séparateur des brèches; à chaque fois au rendez-vous pour rappeler aux plus ignorants que je serai toujours présent… et en parlant de mon compère (le présent), je lui dois des excuses avisées, sans pour autant dire qu’elles sont sincères car je tâche sans cesse de lui rappeler qu’il n’a jamais sa place pour trop longtemps vu que je dois faire mon entrée triomphale constamment afin d’éclairer les esprits les plus sombres et leur faire noter que le sablier du temps s’écroule judicieusement! Mais…certainement sans aucuns freins; Hélas! rares sont ceux qui écoutent!
Je surprends les plus sensés et j’interrompt le cour de leur vie avec de subtils petits rappels intenses sur le réalisme quotidien, j’alourdis le fardeau qu’ils portent car ils s’inquiètent tant pour l’avenir… ils s’inquiètent tant pour moi…et cela nourrit mon envie de jeter ma poudre magique partout sur eux : la perte de contrôle mêlée d’impuissance…
Certains croient qu’ils peuvent saisir ma complexité, en accouchant des plans sûrs et bien calculés, d’autres pensent qu’ignorer mon existence et s’allier encore et toujours au présent fera disparaître la réalité que je perche tout en haut de leurs désillusions farceuses…
Je suis insupportable car je génère de par mon existence l’attente d’un futur, mon regrettable frère jumeau, qui bousille la joie de l’instant présent! Je kidnappe le bonheur lié à l’insouciance de mon nom: Demain. Je mène une guerre sans réserve aux optimistes qui brandissent l’étendard de la positivité car c’est dans ma nature de tester la foi de ceux qui ont la certitude que je serai meilleur mais il n’en est pas toujours ainsi puisque je suis moi-même victime de forces incontrôlables qui dictent à leur souhait le prochain décor et pauvre moi je ne fais qu’exécuter ce qui fut enclencher et fort souvent avec des générations passées!
Je sollicite les plus aptes à comprendre que je ne fais que mon travail et lequel? Remettre la pendule à sa place, adjuger ce qui se doit à qui je le dois… puisque je suis contraint d’être le résultat de choix passés et présents; et d’ailleurs je nourris en moi une profonde aversion du passé qui ne cesse de m’apporter des dossiers à exécuter, à classer, mais jamais à éliminer…
Je suis jaloux de son pouvoir car il est bien plus rapide que moi et possède beaucoup trop de poids dans la balance: moi je dois constamment m’y accommoder et trouver le parfait équilibre! Quelle corvée!
Cette frustration intérieure je la déferle sur vous tous et je vous ôte le droit sur mon rivale (le passé), cependant je vous offre, à contrecœur, une chance inouïe : la possibilité de ne plus lui donner autant d’opportunités inexpliquées!
Rassurez-vous, cela n’empêchera point que je vous déstabilise car de là provient ma force intérieure…
Je sacrifie, sans oublier, des cœurs, qui auraient pu construire quelque chose ensemble mais qui par ma faute tombent dans le piège angoissant auquel je les soumets et qui pour la plupart échouent incroyablement… je crée et j’apporte sur le plateau de la réalité, et sans pitié, le dilemme du choix qui peu importe la décision, se retrouveront mains et poings liés suivi d’un culpabilité insupportable… et pourtant je ne puis présenter des excuses car c’est là mon vrai rôle : Éprouver tout un chacun! Et me réjouir de ce qui suivra…
Je suis l’unique spectateur dans une salle que je peine à décorer afin d’observer la suite d’une série à laquelle je m’accorde la permission d’assister… ne me dévisagez pas de la sorte: je réunis également, aussi peu soit-il, des cœurs qui de par un verdict que je ne puis dévoiler, leur octroie le privilège tant voulu de continuer ce qui a été ou ce qui est… quitte à ce que ce soit pour le meilleur ou pour le pire…
Au final… je suis bien tout ce que vous voudrez… mais je porte bien mon masque et je ne rate aucune mission… Je dis bien : AUCUNE. Car celui qui dicte les règles c’est la VIE, nous rendant ses esclaves et nous possédant tous : le passé, le présent, mon frère jumeau et moi :
- Je suis donc ce que tu ignores, ce que tu nies ou que tu redoutes: je suis « Demain ».
Entre l'ancre et ma plume
par Belle Chery
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