S’avait-il?


S’avait-il, ce que l’instant suivant lui réserverait ?

Que cette main qu’il refusait de tenir, 

La fatalité, un jour, la lui en priverait ?

Dans chaque recoin de cette ville,

Tout semble embrasser le possible,

Aujourd’hui, l’un et l’autre ensemble sur cette île…

Demain, la noirceur des hommes nous prend pour cible,

Et sous un feu de douleur incontrôlable,

On se surprend à dévisager l’impuissance humaine…

On crie, on se débat mais trop de palabres!

Notre sort est jeté en nous, nourrissant une peine,

Qui ne quittera point l’âme et le cœur, nous laissant de marbre.


S’avait-il que l’instant présent est moqueur?

Que ses rires fous nous désillusionnent?

Nous laissant croire que nous possédons « temps et heure »

Qu’il nous est permis de changer la donne?

Vaine calculation!

Gaspillage d’énergie,

Faites sonner l’invalidation;

Voilà : l’ignorance, notre pire ennemie.

Si seulement il savait que chaque seconde compte;

Mais son cerveau d’enfant ne lui permettait point,

D’aller au-delà de l’inconfort d’une main qui chante: 

L’envie de protéger ce qui n’a pas de prix, au point,

De presser si fort car on a peur de perdre l’essentiel,

De se retrouver sans ce quelque chose,

Qui apporte une touche valorisante,

À une vie apeurée dans un pays qui cause,

L’émoi coloré, Au lieu d’une sécurité apaisante ?



S’avait-il que cet être maladroit, 

N’est qu’une mère cachant son angoisse de la perte,

Mais qui inconsciemment la transfère à sa main droite,

Retenant son fils du mieux qu’elle le peut, certes,

Mais du mieux qu’elle le sent?

Parce que le fardeau de la culpabilité la rongerait,

Si elle ne remplissait pas son devoir en ayant du cran;

Parce qu’elle est la seule à savoir pour qui elle se battrait!

Alors, j’aurais aimé lui dire avec des mots convenables, 

Laisse-la te tordre la main malgré toi-même,

Car aussi dur et inconfortable,

Que cela puisse paraître: elle t’aime…

Puisque dans les rues de Port-au-Prince.

Il ne nous manque plus qu’un laissez-passer,

Non pas pour nos Rois et nos Princes,

Mais pour nous qui sommes pris dans un piège calculé,

Afin de demander la permission de vivre…

Bientôt la permission d’être….

Avant cela… je te conseille de survivre…

Grandis…deviens avocat, artiste, designer où même prêtre!

Mais tâches de grandir et de devenir,

L’espoir dont ce pays aura besoin…

Au pire…

Devient un tyran, enfin…

Je te regarde aller entre les mains de ta mère,

Et j’entrevois l’avenir cynique qui t’attend…

Peut-être refuseras-tu de devenir père!

Quand la réalité grimaçante,

Viendra t’habiter puis te posséder tel un démon!

Et que demain tu devras tenir la main de ta fille désobéissante,

Il te faudra plus que du talent et un don,

Afin de feindre cette fatalité!

Qui ne semble pas secouer notre peuple…

Mais que dis-je ? Tu respires déjà l’air empoisonné de cette réalité!

Tu marches tout les jours dessus! 

Ta mère s’enlaidit grâce à elle sans pouvoir se regarder…

Je sens déjà que tu es déçu…

Parce que même en étant enfant on sait reconnaître la douleur…

Et quand elle vient sans sonner l’alerte,

On ne peut espérer de sauveur,

Puis…tu sais: la paralysie, entre autre, rend inerte…


S’avait-il que je ne voulais lui dire qu’une phrase?

« Profite de l’instant présent »

Notre pays est en métastases…

Et chaque moment devient plus précieux que le temps,

Car on ne sait plus quand on reverra un sourire,

Quand on se fera une sortie d’adulte ou d’adolescent…

Aujourd’hui pourrait-être le dernier soupir…

Encore je me répète….

Si tu ne puis devenir l’espoir alors deviens un tyran,

Et fais-toi de grands alliés.

Afin qu’au bon moment,

Tu puisses, avec eux, renverser…

…. Attends….Renverser qui? Quoi? 

Oublie…. 

Pars ou enfuis-toi,

Ou tu t’ennuieras…

Finalement….Vis ta vie et grandit…

Je me rends compte de cette absurdité maquillée,

Par une envie démesurée de vouloir changer ce qui…

Malheureusement est sûrement condamné;

Assise dans cette voiture, calme, mais mon âme, tourmentée, crie!

Je ne faisais que rêver d’un monde meilleur, crois-moi;

Et…comme tant d’autres…tu quitteras sans doute cette terre, 

Pour échapper à la cruauté des inhumains…

Où si incapable de le faire,

Tes enfants à leur tour te tiendront la main,

Et se répètera alors l’histoire fatidique…le même schéma…

Et c’est alors : quand ils voudront te lâcher,

Tu te souviendras… 

Oui…bien sûr, ta compréhension sera au rendez-vous pour t’éclairer.

Mais…Peut-être aurais-je dû descendre de cette voiture pour te  dire de profiter de cette main…

Ou peut-être pas d’ailleurs…

Car…Ce n’était pas encore l’heure, 

Et j’ai préféré fermer l’œil et me demander…


….S’avait-il?

….simplement qu’il ne saura peut-être jamais….

Ces mots qui se sont éveillés, quelque part en moi, en le voyant? Et…qui resteront coincés dans une partie de mon hémisphère… 


Il ne savait pas…

Il n’en saura jamais rien…




Entre l'ancre et ma plume

par Belle Chery


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