Avant que la guerre n’éclate
Perchée
au bord du balcon de cet immeuble, elle contemplait le vide avec un peu trop d’intérêt,
de sagacité, ce qui inquiéterait le commun des mortels…Mais alors, que
tenait-elle dans sa main ?
Une
feuille blanche, victime sans aucun doute de l’irréparable, de l’impensable :
des coups de plumes mal agencés et prêt à laisser l’effet escompté dans l’esprit
de celui qui serait le plus audacieux de la lire…
Personnellement, pour la première fois de ma vie, je n’étais plus du tout curieuse… d’ailleurs, j’avais un vol dans les prochaines heures… Mais une voix au fond de moi, me chuchotais déjà l’ultime agaçante vérité : Son inclinaison corporelle exprimait déjà sa lassitude de continuer à vivre…
Elle
se tourna vers moi, les yeux vident de sens, et me confia : « Je sais
que j’ai un peu trop joué avec le feu temporel, et pour jouer carte sur table j’avoue
que je m’y suis brulée et les cicatrices sont plus qu’évidentes à mes yeux,
pour que je parvienne à détourner le regard…pour que je fasse semblant ; Tout
ça pour te dire que j’aurais du prendre l’initiative de te parler plus tôt même
si cela n’aurait strictement rien changer au cours de l’histoire, et pourtant
cela aurait fait pour ma part une simple différence… »
Je
me suis assise en face de la réalité dégueulasse de cette vie et je me demandais
pourquoi on se rend toujours compte de la valeur des choses lorsqu’il est trop
tard ?
Elle
continua nonchalamment : « Notre amitié aurait eu plus de sens si je
m’étais rendue compte plus tôt à quel point tu tenais vraiment à moi, et à quel
point tu veillais sur moi alors que j’en étais incapable, puis je t’ai fait porter
le poids de la culpabilité pour des actes que j’aurais pu, non, que j’aurais dû
assumer... »
Elle
détourna le regard comme si elle ne voulait pas que je vois cette honte détectable…
…« Alors,
avant que la guerre n’éclate dans le monde en 2026 ou pas, et puisque nous
sommes toutes les deux des immigrées, et que nous avions fui notre pays respectif
afin de chercher un certain mieux ailleurs, un mieux qui selon moi nous coûtent
plus que les yeux de la tête finalement, mais aussi notre fierté, notre dignité,
je souhaite donc que tu puisses me pardonner un jour, mes maladresses, mon égoïsme
et le manque de considération dont j’ai pu faire montre envers toi… »
Elle
me parlait, pourtant je n’avais qu’une chose en tête : Allait-elle mourir ?
S’était-elle faite rebaptisée ? Était-ce un piège ?
Quoiqu’il
en soit, Elle aurait pu rester perchée sur ce balcon le reste de sa vie, cela n’aurait
rien changer au fait que cette conversation ne saurait ressusciter des années d’amitié
en cavale…
Je
me retournai, je savais que ce serais notre dernier échange, et je lui avouai :
Avant que la guerre n’éclate, sache qu’il me sera plus facile de transférer le
peu l’argent qu’il me reste de mon compte en banque que de réparer l’irréparable,
ou de défaire ce champ de mine que tu as soigneusement arrangée en toute âme et
conscience, et alors, qu’aurais-je donc à te pardonner pour avoir gaspillée dix
années d’amitié... ? Sinon qu’à moi-même, pour t’avoir donné une partie de
moi que je ne pourrai au grand jamais récupérer…
Au
final, bien avant celle de ce monde, entre nous, la guerre avait déjà éclaté.
Entre l'ancre et ma plume
par Belle Chery
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