Les portes de la ville étaient fermées
Au
bord de l’agonie émotionnelle, il ne parvenait plus à distinguer le vrai du
faux.
« …J’avais pourtant pris la bonne décision. Je m’étais convaincu que je ne sombrerais pas…ou plus…ou même plus jamais … ». C’est ce que se disait Paul, une bouteille à la main droite, titubant au bord d’une rue qui ne reconnaissait ni ses pas, ni sa silhouette un peu trop grande, ni son élan masculin manquant de naturel.
Les
carcasses étaient bel et bien existantes, ce n’était que le résultat d’un feu
qui avait déjà brulé l’essentiel, les constructions qui avaient pris des années
s’écroulaient sous le poids de l’inaction. Il leva la tête vers le ciel et se
rendit compte que c’était l’aube.
Pendant
combien de temps devrait-il encore attendre avant qu’on ne lui ouvre ces
foutues portes ? Ironique, non ? nous sommes le plus souvent impatient
face à l’évitement des conséquences que produisent nos actes mais jamais
impatient d’en assumer pleinement leur lot de calamité…
Au
loin, il vit un chien errant ainsi qu’une dame un peu indécise, le regard interrogatoire.
Là, débout, Les beaux yeux de Simone vinrent s’incarner dans son esprit et il
se rappela de ses rondeurs doublées de sa démarche délicieuse. De son rire envoûtant,
ses traits trahissant une beauté simplissime. Il lâcha un sourire coupable,
puis se retourna dans tous les sens avant d’appuyer sa masse informe sur un
poteau.
Son
cœur se mit à danser dans sa poitrine puisque l’incertitude le noyait
progressivement… Il voulait revoir la ville dans toute sa beauté, son éclat, s’y
perdre de nouveau et pour de bon, puis revoir ses contours négligés un peu trop
longtemps.
Il
sentait qu’il n’avait pas pris le temps de mieux observer chaque forme, de découvrir
chaque odeur, de savourer chaque moment, de se délecter de chaque plaisir
innocent… Cette ville était tout ce qui lui restait d’identité, une preuve
vivante de ce à quoi il avait contribué durant des années...
Orphelin
de père, et sa mère disparue des radars humains, une histoire encore incompréhensible.
Les voisins se sont toujours demandés en coulisses, pourquoi son oncle avait
pris une telle responsabilité. Celle de le garder, de l’élever, de représenter
aux yeux de cet enfant une figure paternelle dans un monde où ça ne semble plus
compter…Des regards bien plus pesants que les autres… cependant, dans son
innocence et sa naïveté il n’y a jamais vu grand-chose sinon que le visage d’individus
qui le défiguraient dans ce quartier.
Il
n’arrêtait pas de murmurer maladroitement : « Sim…one, ou..vre moi.
Simone, ouvre moi… ».
Il
ne restait plus que les cendres d’un projet inachevé… l’effigie d’un monument disparate.
Son corps se tenait devant ses portes, et pourtant son cœur n’y était plus; celles-là
dont jadis il détenait les précieuses clés, l’identifiant à son ombre…mais qui désormais,
étaient fermées : ''Les portes de ses sentiments…''
Simone
était la ville.
Entre l'ancre et ma plume
par Belle Chery
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