Kaléidoscope

 

Kaléidoscope

Au beau milieu de cette perturbation cognitive que m’infligeait le destin, je prévoyais sans l’ombre d’un titillement mon nouveau foyer, à l’un de ces centres psychiatriques un peu trop bien accueillants. Je luttais contre le temps, en l’absence d’un espoir que je n’aurais, moi-même, nullement reconnu à sa venue.

Toutes mes indescriptibles réflexions se perdaient dans un trou aussi noir qu’illusoire, et n’atterrissaient guère là où je le souhaitais. Du moins, le sentiment, à moitié présent, d’être un peu celle que je m’efforçais de croire que j’étais, semblait remplir un vide en moi.

La douleur au centre de ma poitrine, plus perçante que jamais, me rappelait combien ma mascarade ne tiendrait pas long feu. Alors, comment décrire des émotions qui ne trouvent point leur place dans le vocabulaire humain ? Quand tu as conscience que tes deux hémisphères souffrent ensemble de traiter à chaque fois le même sujet, le même thème et sous-thème misérable de ton existence.

Le miroir de mes pensées languissantes de ne pas trouver un air approbateur à mes yeux, me torturait en agrandissant cette surface plane me reflétant. Je savais que ce déséquilibre auquel j’assistais était dû à ce coup fatal qu’il m’avait porté... Ah ouais… ? Compter les jours, pour connaitre le moment où je récupèrerais, serait d’une éternelle souffrance.

Il fallait bien que cette folie naissante parte, fasse ses mallettes et s’en aille ; je lui accordais le droit de me laisser croupir dans cette solitude grimaçante qui m’asphyxiais comme il en était coutume. Tout en moi n’était que minuscules morceaux puisqu’il m’avait brisé. L’individu avait frappé fort et au bon endroit provoquant dès lors l’effondrement de mon mur émotionnel et la chute de mon Moi intérieur.

Mille et une couleurs s’unissaient pour embrasser mon chagrin trop lourd à porter. Malgré tant d’efforts pour alléger cette immense peine, le négativisme avait déjà empoisonné mes cellules… A cet instant précis de ma pathétique vie, ma compréhension s’élargit sur la faiblesse et la fragilité d’être humain que nous étions.

Pourtant, je me questionnais et mes neurones ne pouvaient s’arrêter face à la réalité puante qui se dressait sous mes paupières.  Un goût amer…plus amer que d’habitude vint transformer ma salive et je ressentis l’intensification d’une rage sommeillant que je feignais d’ignorer trop longtemps. Je désirais soudainement assassiner cette dépression chronique qui avait somptueusement fait de moi une belle esclave. Non…l’étrangler serait nettement plus valorisant à mes yeux, me disais-je. Ainsi, je m’accorderais un temps plus intime à me délecter de sa fin certaine.

Au cœur de ma réflexion titanesque, ma conscience s’éveilla et je vis en moi le potentiel que je méprisais trop de fois par manque de forces intérieures. D’un élan fatidique, je pris ma souffrance et j’introduisis mes doigts au fin fond de ses orbites pour qu’elle ne revienne plus jamais me hanter. Sans faire de calculs supplémentaires, j’arrachai sa tête pour me rassurer, dans le futur, de son inéluctable absence. Le sang chaud caressant mes mains toutes fébriles dessinait des courbes les unes plus gracieuses que les autres. En le regardant couler, je compris l’impensable pouvoir dont je venais tout juste de me procurer.

Une ferme assurance semblait venir animer l’esprit criminel qui prenait possession de mon être entier. Ce n’était plus moi qui marchais à la rencontre de ces émotions adoptives mais une autre énergie sortie de nulle part. Celle-ci, alimenter par tout un mécanisme de défense que je croyais ne plus être valide. Je me sentais avancer lentement mais surement à leur rencontre. Je tremblais… j’en avais conscience, et mes pas devenaient plus lourdes à l’approche de cette légion. Je tremblotais car l’idée de tous les massacrer m’envahit plus rapidement que la peur de perdre contre eux.

Je n’en pouvais plus…

Je m’arrêtai. J’ouvris ma bouche et de ma gorge sorti un cri annonciateur de terreur. Ce genre de bruit que l’on entend qu’une fois sur cent. Ma révolte fut certaine et sans précédent. Une multitude d’évènements se produisaient en moi. D’une ferme résolution, je venais de renverser ce règne de souffrance interminable dont une durée de plus m’aurait fait sombrer. 

J’entendis un bruit de pas, une voix, d’un ton inquiétant, qui ne cessait de m’appeler par mon prénom, comme pour me sauver, mais de quoi ? de qui? Non, je refuse d’y répondre, je n’ai pas terminé ce renversement, je me dois d’instaurer un nouvel ordre… Je veux chambarder tout ce système de craintes et de peurs déraisonné…

Je ressentis une main secoué mon corps presque inerte.

-                     Catherine, réveille-toi !

Elle pleurait de toutes ses forces en arrachant un couteau de ma main.

-                     Il est méconnaissable. Tu as tué ton fils.




Entre l'ancre et ma plume

par Belle Chery

 


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